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Le minaret de la Grande mosquée d’Alep

Minaret d'Alep

Minaret d’Alep

Tiphaine a écrit un article sur la récente destruction du minaret d’alep, l’occasion de revenir sur l’architecturale de celui ci, afin de prendre conscience des dégâts culturels

La plus ancienne mosquée d’Alep est très largement inspirée de celle de Damas. A cause d’un incendie en 1169, il ne reste plus rien de l’édifice original construit au temps des Omeyyades, en 715 par le calife Al-Walid et complété par ses successeurs. La majorité du bâtiment actuel date de la période mamelouke, vers le XIIIe siècle, où il a été reconstruit selon le plan de l’ancienne mosquée par Noureddine. Cette seconde mosquée intègre dans son architecture des vestiges de la cathédrale chrétienne d’Alep, ainsi que d’autres mosquées mais aussi des souks. Cela fait de cette mosquée par différents aspects l’une des villes les plus riches. Cependant, le minaret lui est plus ancien car qui date de 1090. Néanmoins, il a été détruit par le bombardement en 2013 (voir article). Le minaret abritait une chair en bois sculpté du XVe siècle ainsi qu’une relique peut-être la tête de Zacharie, père de Jean-Baptiste, qui a donné son nom à la mosquée.

Le minaret était fait de calcaire.  Sa base carrée mesurait de 4,95 mètres carrés et sa hauteur était d’environ 45 mètres. A l’intérieur, il y avait un escalier en spirale de 140 marches, qui permettait d’accéder à  six niveaux, jusqu’au balcon du muezzin. A l’extérieur, la décoration était séparée en cinq bandeaux horizontaux eux-mêmes surmontés par une couverture en bois en forme de coupole.

Minaret d'Alep

Minaret d’Alep

Sur cette décoration, on trouve plusieurs inscriptions, qui suivent une certaine hiérarchie. En effet, plus les personnes citées sont proches de Dieu, plus les inscriptions sont proches du ciel. Plus encore, le décor attaché à chaque inscription suit, lui aussi cette même hiérarchie. Plus le nom inscrit identifie une personne proche de Dieu, plus le décor est complexe et riche. Tout en haut du minaret, au-dessus des premières inscriptions, il y avait la corniche principale, composée de niches plates et entièrement décorée de minuscules arabesques. Juste en dessous, il y avait la première inscription « besmala » soit, « Au nom de Dieu » ainsi qu’une dédicace au souverain, le sultan Seldjoukide. Comme cela respecte la hiérarchie, c’est le niveau le plus orné. En effet, il y avait une arcade faite de grandes ouvertures encadrées d’arcs brisés et trilobés. Cette arcade fait référence au décor du deuxième niveau. En dessous, il y avait une dédicace au prince Turc Seldjoukide qui gouvernait Alep. Le quatrième niveau est décoré de quatre paires d’arcs polylobés très sculptés qui reposaient sur des chapiteaux corinthiens. Au centre de chaque partie il y avait une petite fenêtre à encadrement à six lobes, rappelant les sculptures omeyyades du palais de Mchatta. Au troisième niveau, on pouvait lire le nom du commanditaire, le cadi. Le décor, devient moins riche, en effet, il se compose de simples moulures en forme de colonnes classiques. Au second niveau, on trouvait une bénédiction tirée du Coran, qui est, comme généralement, adressée à celui qui construit une mosquée. Celle-ci est décorée d’un ruban d’arcs trilobés espacés et de pilastres. Enfin, au niveau inférieur, il y avait le nom de l’architecte et la date de construction réalisés sur une cartouche sobre.

Valentin


Sources :

EVIN Florence, « En Syrie, un patrimoine culturel dévasté », Le Monde, 30.8.2013

Fiche sur le Minaret de la Mosquée omeyyade d’Alep, in Discover Islamic Art

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L’effondrement du minaret de la mosquée des Omeyyades d’Alep

Le mercredi 24 avril 2013, la mosquée des Omeyyades à Alep a subi ce que l’opposition au régime a appelé un « crime contre la civilisation » avec la destruction de son minaret. Suite à cette catastrophe patrimoniale, les différents acteurs s’accusent et se pointent du doigt pour désigner les responsables de son effondrement.
A l’heure où les combats entre le régime de Bachar el-hassad et la Coalition de l’Opposition œuvraient depuis des mois dans la Vieille Ville d’Alep, au nord de la Syrie, le minaret de la mosquée de Omeyyades, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, a été réduit à un tas de pierre et de fer. D’une part les militants anti-régime affirment une véritable volonté destructrice de l’armée syrienne, visant le minaret avec un de ses chars d’assaut et faisant feu à plusieurs reprises. Dans la vidéo de l’AFP (voir au bas de l’article) un des rebelles témoigne, disant avoir vu de ses « propres yeux un char de l’armée tirer directement sur la mosquée des Omeyyades, notamment sur le minaret ».
D’autre part, le gouvernement syrien fait part d’une version bien différente des faits à travers la télévision de l’Etat. Il y dénonce la responsabilité du Front jihadiste Al-Nosra dans l’écroulement du minaret, les accusant d’avoir volontairement miné le monument et filmé sa destruction afin d’incriminer le régime pour ses actes.
Sachant qu’aucune vidéo montrant l’instant de l’effondrement du minaret n’a été mise à disposition depuis, la véracité des faits est difficile à établir.
Une autre vision de l’évènement provenant de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a aussi été exposée. Le discours médiateur entre le régime et l’opposition de son directeur, Rami Abdel Rahmane, dégage la responsabilité factuelle des deux camps : « Il se peut que le minaret se soit effondré tout seul en raison de la violence des combats au cours des derniers mois ». La destruction serait donc due selon lui à la guerre en général et ses moyens de combats, fragilisant l’édifice jusqu’à l’irréparable. La destruction d’un tel joyau du patrimoine syrien ne fait qu’alimenter la haine et la violence des combats car il fait partie des symboles vivants d’une histoire commune et d’une culture propre à une époque et à un peuple qui voit sa mémoire détruite par les combats politiques d’aujourd’hui. Appartenant au patrimoine culturel mondial, un tel évènement est une perte internationale qui entre dans les atrocités de la guerre car en détruisant la culture et l’histoire on détruit un peuple dans son essence même.
Si, sur place, les archéologues syriens se mobilisent pour protéger le patrimoine en danger, les combats continuent à saccager des monuments, objets et œuvres patrimoniales du pays et leur préservation reste périlleuse et fragile. D’où la nécessité aujourd’hui de faire exister ce patrimoine détruit ou menacé afin qu’il ne soit pas effacé des mémoires et survive encore à travers l’histoire.

 

Vidéo AFP mise en ligne le 24/04/2013 http://bit.ly/1N6YVhx

Vidéo AFP mise en ligne le 24/04/2013
http://bit.ly/1N6YVhx

 

Tiphaine

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