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Caractéristiques de l’architecture des mosquées omeyyades

Les mosquées omeyyades ne sont compréhensibles que si l’on considère l’héritage antique et chrétien des régions où elles ont émergé. En effet, les mosquées omeyyades se composent souvent de colonnes ou de chapiteaux inspirés de l’antiquité. Mais surtout la coupole (à l’intérieur du Dôme) provient directement du style antique, elle coïncide avec la maqsura, espace dédié au calife ou à ses représentants afin d’exalter sa personne et de de lui conférer une aura particulière. La coupole devient un élément de hiérarchisation de l’espace dans les mosquées.

Les premières mosquées omeyyades sont souvent construites à partir des églises chrétiennes. Cependant, très vite les omeyyades cherchent à créer un « style des mosquées » fait de salles de prières décorées de troncs de palmiers en opposition à un « style des églises ».

Cet espace propre se caractérise par l’adoption du schéma hypostyle (soutenue par des colonnes et des piliers). Ce schéma est utilisé afin d’accueillir de nombreux fidèles pour la prière dans la salle de prière, sa forme permet de l’agrandir en cas de besoin. Au sein de la mosquée, il n’y a pas vraiment de hiérarchie, l’iman est accessible. La conception de l’espace est donc différente de celle des églises. L’intérieur de la salle est sobre, et ne comporte généralement aucune image figurative. Cependant, on peut lire des calligraphies, principalement des versets du Coran, sur les murs et même sur les tapis qui couvrent le sol. Devant la salle de prière il y a une cour centrale plus ou moins vaste bordée de portiques et souvent il y a une fontaine.

Il y a aussi les Zaouïas, souvent ils abritent une relique, c’est un endroit privé où certains pouvaient se retirer pour prier, méditer ou étudier le Coran et les pratiques spirituelles

Le minaret est originaire de l’époque omeyyade, peut être que le premier fut construit lors de la reconstruction de la mosquée de Médine par le Calife omeyyade Al-Walid, il s’inspire des tours des églises syriennes. Etymologiquement, en arabe, ce mot  dérive de « phare » car, il permet aux voyageurs de se repérer dans la nuit. Cependant, sa mission première est d’appeler les fidèles à la prière. Le minaret peut être de plusieurs formes (carré, cylindrique, octogonal, spiral). Le minaret a ensuite été adopté en Espagne et au Maghreb où il est devenu la norme.

Les dômes sont souvent placés directement au-dessus de la salle principale de prière. Après avoir occupé un petit espace près du minaret, ils occupent aujourd’hui presque la totalité de la surface du toit de la salle de prières.

Les façades des mosquées omeyyades ne donnent pas l’aperçu de leur ampleur, elles sont souvent épurées.

Une nef axiale et son dispositif terminal avec le mihrab (est une niche sur le mur de la Qibla qui indique la direction de la prière) avec à sa droite le minbar (duquel l’Imam s’adresse aux fidèles) qui sont séparés de la nef par la maqsûra. Ces éléments architecturaux s’inspirent de l’architecture des châteaux omeyyades.

Les mosquées omeyyades vont poser, dès leur apparition, les bases des mosquées du monde, ainsi en analysant celle-ci, il est plus facile de comprendre cette période clef de l’histoire Islamique.

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Valentin


Sources :

REDJEM Meriem, « L’évolution des éléments architecturaux et architectoniques de la mosquée en vue d’un cadre référentiel de conception » 

STERN Henri, « Les origines de l’architecture de la mosquée omeyyade à l’occasion d’un livre de J. Sauvaget », in Syria, 1951

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Les mosaïques : un outil politique

« Analogie entre les Grandes Mosquées de Damas et Cordoue : Mythe et Réalité » – ce titre a suscité mon intérêt, et la lecture de l’article m’a donné envie d’approfondir une piste que l’on avait déjà évoquée au cours de ce blog, à savoir le rôle des mosquées dans la politique omeyyade. Et de fait, à travers les articles « La Grande Mosquée de Damas – Décors et origines » et « La Grande Mosquée de Cordoue », nous avions vu comment Damas et Cordoue étaient successivement nommées capitales du califat omeyyade et nous avions entrevu l’importance de ces mosquées pour l’image des dirigeants. Cependant, ces édifices sont plus qu’une simple image : ils jouent un rôle primordial dans le programme politique d’al-Walid, à Damas puis de Abd al-Rahman Ier à Cordoue.
Commençons par la plus ancienne mosquée mosquée des omeyyade, celle de Damas. J’avais jusqu’à présent lu des études approfondies sur l’iconographie des mosaïques de Damas, mais l’article de Nasser Rabat « The Dialogic Dimension of Umayyad Art » m’a semblé particulièrement pertinent pour comprendre leurs significations. En effet, il procède à une véritable analyse de ce programme en s’appuyant sur des études antérieures tout en les faisant dialoguer. Cela lui permet de sortir de la simple analyse formelle et surtout de proposer une approche qui synthétise les points de vue de différentes époques : historiens du Xe siècle, chercheurs des années 1960 (O. Grabar), et chercheurs d’aujourd’hui. Grâce à ce dialogue de références, il met en avant un programme narratif qui se déroule depuis l’entrée de la mosquée jusqu’à la qibla, endroit éminemment sacré qui indique la direction de prière. Cette narration débute avec des scènes qui semblent réelles faites de villes et de paysages, puis tendent vers des représentations à connotation paradisiaque composées d’arbres et d’édifices fantastiques, pour aboutir à des textes religieux et exalter ainsi la fonction spirituelle de la mosquée. La puissance du calife était exaltée de manière évidente par la monumentalité de l’architecture et la richesse des décors (mosaïques sur fond d’or) mais c’est à travers le programme narratif que le pouvoir religieux du calife al-Walid est réellement exprimé.

La Grande Mosquée de Damas est la première du califat omeyyade, et elle est construite par le calife al-Walid au VIIe siècle dans le but d’impressionner et de convertir les populations conquises. Lorsqu’un siècle plus tard, Abd al-Rahman se retrouve dans la même situation dans la péninsule ibérique, il semble logique qu’il considère la Mosquée de Damas comme référence majeure. Son successeur, al-Hakam, revendiquera également cet héritage lorsqu’il fera agrandir la mosquée de Cordoue. Cette analogie est mise en lumière par Susana Calvo Capilla dans l’article qui a ouvert notre propos. Son étude étant extrêmement complète (architecture et décor), nous allons nous intéresser plus particulièrement au paragraphe qui traite des mosaïques. En partant de la technique utilisée pour le décor de la Grande Mosquée de Cordoue, elle montre comment il est issu d’une tradition byzantine. Celle-ci étant porteuse d’une symbolique impériale puissante, la citation de cette tradition permet déjà au calife de montrer son pouvoir. S. Calvo Capilla place ensuite les mosaïques de Cordoue dans la lignée des autres décors omeyyades (compositions abstraites, florales ou épigraphiques similaires à celle de la mosquée de Damas par exemple) et met en exergue la symbolique que le calife cordouan cherche ainsi à exalter, à savoir « la représentation du pouvoir et l’exaltation de la suprématie politique et religieuse du califat de Cordoue ». Elle procède plus à une analyse des sources qui traitent des mosaïques qu’à une analyse des mosaïques en elles-mêmes, et ses conclusions sont plus brèves et beaucoup moins nuancées que celles de Nasser Rabat, cependant les deux articles se rejoignent sur l’importance des mosaïques dans les mosquées omeyyades qui sont le symbole d’un très grand pouvoir califal.

En tant que conquérants, les califes omeyyades cherchaient impérativement à affirmer leur supériorité sur les peuples parfois rebelles de leurs nouveaux territoires. Les mosaïques se présentent alors comme un moyen privilégié pour l’exhalation de leur pouvoir; et de fait, à travers leur technique elles revendiquent l’héritage impérial byzantin; leurs sujets sont des citations de l’art classique hellénistique et romain, et leur emplacement  au cœur de la mosquée amplifie encore la grandeur de la nouvelle religion musulmane. De plus, en évacuant les hommes et les animaux de leurs compositions, les omeyyades revendiquent encore plus fortement l’avènement d’un art et d’une religion innovants. Le calife s’impose ainsi comme dirigeant politique, spirituel et religieux.

Esther
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