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La Grande Mosquée de Damas

Nef axial Mosquée Damas

Esther a réalisé un article sur les origines et les décors de la Grande Mosquée de Damas, dans cet article je vous propose de revenir sur celle-ci mais avec une lecture principalement portée sur l’architecture.

Plan Mosquée Damas

Comme toutes bonnes mosquées omeyyades, elle fut érigée à la place d’une ancienne église ,saint Jean le Baptiste, qui, elle-même avait pris la place d’un temple romain dédié à Jupiter dans la ville qu’on appelle aujourd’hui Damas.

Parmi les nombreux éléments intéressants de la mosquée de Damas, il a le fait qu’elle réunit les caractères généraux des mosquées tout en conservant un particularisme qui est propre au contexte de son édification.

Le Khalife Al Walid engage la construction de deux mosquées importantes dans les années 705-715. L’une à Médine sur la tombe du prophète Mahomet et l’autre pour la capitale de l’Empire omeyyade c’est-à-dire Damas.

Intérieur Mosquée Damas

Intérieure salle de prière

Il engage des architectes grecs, qui reprennent l’enceinte  à portique  et les tours qui entouraient déjà le temple, du coup la grande mosquée partage les mêmes dimensions, soit  157m x 97m. La salle de la prière, parallèle au mur de la qibla, ici, le long côté sud, s’étend sur plus de 5032m² et se compose de trois travées en longueur.  Ces trois éléments se dressent grâces à un assemblage typique des Mosquées omeyyades ;  des arcs plein cintre outrepassés sur colonne à chapiteaux corinthiens, qui soutiennent des colonnettes supportant elle-même la charpente avec l’aide de corbeaux en pierre.

La nef axial mesure 20m de large et se trouve comme son nom l’indique au milieu des travées. Elle se distingue du reste de l’architecture par quatre piliers massifs qui portent une même assise octogonale  permettant le maintien de la coupole.

L’une des anciennes portes antiques est transformée en mihrab et le minbar était, d’après les sources anciennes, en bois sculpté, aujourd’hui en pierre.La cour centrale de 6100m² est entourée de portiques  et contient des éléments qui n’étaient pas présents à l’origine comme un bassin à ablution.

Portiques, vue de la cour centrale

Portiques, vue de la cour centrale

Enfin un minaret est construit au milieu du grand côté nord avec un plan similaire aux anciennes tours conservées qui vont devenir elles aussi des minarets Deux incendies dévastateurs, une conquête et un tremblement de terre font qu’aujourd’hui il ne reste plus vraiment d’éléments originels de la mosquée construite au VIII siècle. Malgré cela les nombreuses restaurations ont été fidèle au plan d’origine c’est pourquoi elle est toujours considérées comme une des perles du style omeyyade.

      Valentin


Sources :

« La Mosquée des omeyyades à Damas », Académie de Versailles

« La Grande Mosquée de Damas, Mosquée des omeyyades », par Fleurs d’Islam

Article Wikipédia sur la Grande Mosquée des Omeyyades

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Les mosaïques : un outil politique

« Analogie entre les Grandes Mosquées de Damas et Cordoue : Mythe et Réalité » – ce titre a suscité mon intérêt, et la lecture de l’article m’a donné envie d’approfondir une piste que l’on avait déjà évoquée au cours de ce blog, à savoir le rôle des mosquées dans la politique omeyyade. Et de fait, à travers les articles « La Grande Mosquée de Damas – Décors et origines » et « La Grande Mosquée de Cordoue », nous avions vu comment Damas et Cordoue étaient successivement nommées capitales du califat omeyyade et nous avions entrevu l’importance de ces mosquées pour l’image des dirigeants. Cependant, ces édifices sont plus qu’une simple image : ils jouent un rôle primordial dans le programme politique d’al-Walid, à Damas puis de Abd al-Rahman Ier à Cordoue.
Commençons par la plus ancienne mosquée mosquée des omeyyade, celle de Damas. J’avais jusqu’à présent lu des études approfondies sur l’iconographie des mosaïques de Damas, mais l’article de Nasser Rabat « The Dialogic Dimension of Umayyad Art » m’a semblé particulièrement pertinent pour comprendre leurs significations. En effet, il procède à une véritable analyse de ce programme en s’appuyant sur des études antérieures tout en les faisant dialoguer. Cela lui permet de sortir de la simple analyse formelle et surtout de proposer une approche qui synthétise les points de vue de différentes époques : historiens du Xe siècle, chercheurs des années 1960 (O. Grabar), et chercheurs d’aujourd’hui. Grâce à ce dialogue de références, il met en avant un programme narratif qui se déroule depuis l’entrée de la mosquée jusqu’à la qibla, endroit éminemment sacré qui indique la direction de prière. Cette narration débute avec des scènes qui semblent réelles faites de villes et de paysages, puis tendent vers des représentations à connotation paradisiaque composées d’arbres et d’édifices fantastiques, pour aboutir à des textes religieux et exalter ainsi la fonction spirituelle de la mosquée. La puissance du calife était exaltée de manière évidente par la monumentalité de l’architecture et la richesse des décors (mosaïques sur fond d’or) mais c’est à travers le programme narratif que le pouvoir religieux du calife al-Walid est réellement exprimé.

La Grande Mosquée de Damas est la première du califat omeyyade, et elle est construite par le calife al-Walid au VIIe siècle dans le but d’impressionner et de convertir les populations conquises. Lorsqu’un siècle plus tard, Abd al-Rahman se retrouve dans la même situation dans la péninsule ibérique, il semble logique qu’il considère la Mosquée de Damas comme référence majeure. Son successeur, al-Hakam, revendiquera également cet héritage lorsqu’il fera agrandir la mosquée de Cordoue. Cette analogie est mise en lumière par Susana Calvo Capilla dans l’article qui a ouvert notre propos. Son étude étant extrêmement complète (architecture et décor), nous allons nous intéresser plus particulièrement au paragraphe qui traite des mosaïques. En partant de la technique utilisée pour le décor de la Grande Mosquée de Cordoue, elle montre comment il est issu d’une tradition byzantine. Celle-ci étant porteuse d’une symbolique impériale puissante, la citation de cette tradition permet déjà au calife de montrer son pouvoir. S. Calvo Capilla place ensuite les mosaïques de Cordoue dans la lignée des autres décors omeyyades (compositions abstraites, florales ou épigraphiques similaires à celle de la mosquée de Damas par exemple) et met en exergue la symbolique que le calife cordouan cherche ainsi à exalter, à savoir « la représentation du pouvoir et l’exaltation de la suprématie politique et religieuse du califat de Cordoue ». Elle procède plus à une analyse des sources qui traitent des mosaïques qu’à une analyse des mosaïques en elles-mêmes, et ses conclusions sont plus brèves et beaucoup moins nuancées que celles de Nasser Rabat, cependant les deux articles se rejoignent sur l’importance des mosaïques dans les mosquées omeyyades qui sont le symbole d’un très grand pouvoir califal.

En tant que conquérants, les califes omeyyades cherchaient impérativement à affirmer leur supériorité sur les peuples parfois rebelles de leurs nouveaux territoires. Les mosaïques se présentent alors comme un moyen privilégié pour l’exhalation de leur pouvoir; et de fait, à travers leur technique elles revendiquent l’héritage impérial byzantin; leurs sujets sont des citations de l’art classique hellénistique et romain, et leur emplacement  au cœur de la mosquée amplifie encore la grandeur de la nouvelle religion musulmane. De plus, en évacuant les hommes et les animaux de leurs compositions, les omeyyades revendiquent encore plus fortement l’avènement d’un art et d’une religion innovants. Le calife s’impose ainsi comme dirigeant politique, spirituel et religieux.

Esther
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La Grande Mosquée de Damas – Décor et origines

Damas, en Syrie, est la ville que les omeyyades ont choisi pour en faire leur capitale. Malheureusement, comme le précise le site de l’Unesco, les vestiges de cette période sont rares. Cependant, un monument essentiel de l’art omeyyade a été conservé : la Grande Mosquée.

Les différents articles – R. Grafman & M. Rosen-Ayalon  ou E. De Lorey par exemple – qui traitent de l’édification de cette mosquée mettent en évidence, pour la plupart, le lien de filiation qui unit les califes al-Malik et al-Walid pour expliquer les ressemblances entre la Grande Mosquée de Damas et le Dôme du Rocher de Jérusalem. Amorcée en 706, la construction de la Grande Mosquée est postérieure à celle du Dôme du Rocher qui commence en 685. Bien sûr, les fonctions des deux bâtiments ne sont pas comparables : le Dôme est un sanctuaire alors que la Grande Mosquée est un lieu de culte. Pourtant on remarque quelques similitudes architecturales ou stylistiques entre les deux édifices.

Tout d’abord, le réemploi de la fameuse coupole, élément central du Dôme du Rocher, qui illustre une parenté directe et qui exprime l’importance du bâtiment. Ensuite, le décor qui comme dans le Dôme du Rocher, se construit en deux temps : la partie basse couverte de marbre et la partie haute décorée de mosaïques. Dans son étude, E. De Lorey insiste donc sur la parenté de ces deux édifices mais surtout sur la continuité d’une démarche politique d’émancipation de la part des califes omeyyades. En effet, le père comme le fils auraient cherché, par l’édification de ces monuments d’exception, à rivaliser avec Médine, la ville du prophète.

Et de fait, le calife al-Walid a en partie réussi, puisque la Mosquée de Damas se distingue encore aujourd’hui de toutes les autres constructions de cette période, de par son très très riche décor mosaïque incroyablement bien conservé. Contrairement aux mosaïques du Dôme, celles de la Grande Mosquée témoignent d’un héritage byzantin marqué. E. De Lorey explique qu’à la suite les interdictions iconoclastes, les artistes byzantins du VIIIe siècles renouvellent leur style en s’inspirant des iconographies antiques présentant des sujets plus neutres tels que le paysage ou les « scènes de genre ». Et en ceci, l’influence byzantine (elle-même construite sur des bases hellénistique) est lisible. Cependant les premiers artisans de l’art islamique ne se contentent pas de copier ce style, il en supprime tous les personnages ou animaux pour ne représenter plus que des villes, des arbres ou des végétaux et répondent ainsi aux préceptes de leur religion. On est loin de l’abstraction et du cubisme des mosaïques de Jérusalem, et l’on serait tenté de faire correspondre ces représentations avec des villes existantes, surtout après le témoignage de l’historien du Xe siècle Mohammed Ibn Shakir : « A peine existe-t-il un arbre ou une ville connus qui n’aient été représentés sur ces murs » (cité par E. De Lorey et de Mlle van Berchem). Toutefois, il ne faut pas non plus se leurrer en prêtant à ces mosaïques un caractère réel. Soit, les arbres représentés correspondent à des espèces connues (noyer, cyprès, etc.), mais J. Lassus précise que « la ville n’y est en aucun cas représentée, mais […] symbolisée ».

Cet ensemble décoratif dépasse largement sa fonction ornementale. Il inscrit l’art islamique naissant dans la lignée de l’art hellénistique et byzantin tout en posant les bases d’un nouveau style. Le témoignage dithyrambique de Mohammed Ibn Shakir (Xe siècle), « La mosquée est la plus belle chose que les Musulmans possèdent de nos jours… » (cité par E. De Lorey), illustre bien l’impact de ce décor qui nous émerveille encore aujourd’hui.

 Esther

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Source non citée : « Mosaic of the Great Mosque of Damascus, or Umayyad Mosque », Qantara – Mediterranean heritage [Consulté le 22.4.2015]

Images: Certains droits reservés Creative Commons

Ex. 1 – Auteur: Stijn Neuwendijk/ Ex. 2 – Auteur: Reibai/ Ex. 3 – Auteur: Alessandra Kocman/ Ex. 4 – Auteur: Image courtesy of Nasser Rabbat of the Aga Khan Program at MIT

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