Archives de Tag: islam

Les mosquées saccagées

Avant même la destruction de son minaret en avril 2013 qui a touché la communauté internationale par rapport à la disparition d’un patrimoine existant depuis plus d’un millier d’années, la Grande Mosquée des Omeyyades d’Alep en Syrie a été vandalisée suite à des affrontements entre les civils et l’armée Syrienne en octobre 2012. La mosquée aurait subit des ravages matériels comme les vitres brisées, les tapis brulés, le sol jonché de restes de balles qui touchent donc des questions morales sur ce genre d’événements dans un lieu de culte sensé être sacré et intouchable. Des livres précieux et reliques auraient également disparu de la mosquée, surement volés par les responsables des actes vandales au moment des affrontements. La mosquée était effectivement au cœur des combats; les troupes de l’armée syrienne s’était retirée depuis des mois dans la mosquée l’utilisant comme barricade face aux insurgés qui ont fini par une attaque frontale pour les dégager de leur retranchement. Suites aux détériorations engendrées par les combats les deux camps, armée syrienne et opposants au régime, rejettent mutuellement la responsabilité de tels dégâts dans la Grande Mosquée. Responsabilité impossible à déterminer aujourd’hui après des batailles chaotiques à répétition dont les participants, seuls spectateurs des scènes de guerres ne peuvent pas offrir de témoignage objectif et impartial en plus de la non diffusion de données filmées. La forte réaction de la communauté musulmane suite à la profanation d’un tel lieu de culte a fait ordonner au président la réparation immédiate de la mosquée afin de calmer l’indignation commune.

Toutefois le saccage de la mosquée d’Alep n’est pas un événement indépendant. Le Ministère des Affaires Religieuses à Gaza comptabilise plus de 25 mosquées visées par les bombardements d’Israël sur Gaza en 2012. Les mosquées de Ribat et Al Rahmanà Gaza n’existent aujourd’hui plus, détruites dans leur totalité par les attaques. Ailleurs, dans la capitale centrafricaine à Bangui en mai 2014 une mosquée a pareillement été saccagée en réaction à la destruction d’une église quelques jours avant ayant fait une quinzaine de morts. De même à Kairouan à la mosquée d’Olfa ou les tapis, luminaires et bibliothèques ont étés détruites par des inconnus en février 2015. Ces vandalismes et destructions de mosquées se multiplient dans le monde entier et menacent la mémoire du patrimoine et le culte islamique.

Mosquée de Gaza détruite - Wiki Commons

Mosquée de Gaza détruite – Wiki Commons

Classée au patrimoine mondial de L’UNESCO, chaque atteinte à un tel joyau de l’architecture musulmane qu’est la Grande mosquée des Omeyyades d’Alep a un impact sur une culture universelle qui devrait pourtant être indépendante de conflits internes et politiques. La situation actuelle de nombreuses mosquées à travers le monde soulève une nouvelle fois la question de la conservation du patrimoine mais cette fois-ci non pas contre les ravages du temps et de l’environnement mais par rapport à l’homme lui même et son action.

Tiphaine

 

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La Grande mosquée des Omeyyades de Damas; entre chiites et sunnites

 La Grande mosquée des Omeyyades de Damas, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979 est aujourd’hui en proie à des menaces de haine séculaire entre chiites et sunnites. Le schisme entre ces deux branches de l’islam remonte à la mort de Mahomet et a engendré un conflit centenaire autant religieux que politique et de multiples massacres entre frères ennemis. La scission provient de la légitimité du successeur de Mahomet à diriger la communauté des croyants. Quant les chiites prônent Ali descendant du prophète par lien de sang, les sunnites par volonté de retour aux traditions désignent Abou Bakr, compagnon de Mahomet tout au long de sa vie. Les sunnites représentent 85% des musulmans du monde et sont largement majoritaire à Damas. Leur différend résulte plus d’un conflit géopolitique que sur des bases religieuses; alors que les sunnites ne différencient pas gouvernance religieuse et politique, les chiites affirment une séparation claire. Ces derniers souvent en provenance d’Iran montrent une violente opposition contre les dirigeants sunnites qu’ils considèrent comme corrompus par le « Grand Satan » américain.

De nombreux phénomènes liés à cette opposition attisent le mécontentement de Damascènes et notamment la population sunnite par rapport au caractère provoquant et ostensible de la présence pourtant bien minoritaire (1%) des chiites de la population de Damas.

Mosquée de Damas, Syrie

Mosquée de Damas, Syrie (Auteur: Theklan)

En fevrier dernier, les chiites se sont appropriés la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas au nom d’un règlement de compte, selon eux pour se laver d’un affront qui remonterait aux débuts de l’Islam. Sur les réseaux sociaux, des vidéos ont été postées montrant les chiites triomphant maudissant Yazid Ie -second calife omeyyade- et louant la famille de Husseim, petit fils du prophète dont la descendance a été massacrée par les califats omeyyades à Kerbala.
Cette appropriation n’est pas sans conséquences ni importance; la Grande Mosquée de Omeyyades est un joyau d’architecture, de culture et d’histoire au coeur de la tradition sunnite depuis sa construction de 706 à 715. Bien qu’elle ait été modifiée au cours des siècles sous les différentes dynasties islamiques et qu’elle représente une preuve vivante du patrimoine musulman à travers l’histoire, sa nouvelle utilisation forcée par les chiites touche et choque la grande majorité sunnite de la population en plus des bombardements,  des prélèvements arbitraires et des humiliations perpétrées par les soldats, les coupures d’eau et d’électricité, l’augmentation continuelle des produits de première nécessité et la corruption des responsables et de protégés du pouvoir que subit quotidiennement la population de Damas. Le Centre d’Affaires Publiques de Jerusalem (jcpa) déclarait « S’adressant aux chiites libanais, le Hezbollah a justifié son intervention en Syrie par la nécessité de protéger la tombe de Zainab, qui était en danger de profanation par des groupes sunnites. Maintenant, il semble que la Mosquée des Omeyyades deviendra un sanctuaire chiite, fermant ainsi un cycle de 1300 ans. » (en anglais dans le texte)

Tiphaine

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Les omeyyades et leurs mosquées

Afin de mieux comprendre les mosquées omeyyades – leur architecture, leurs décors, leur importance – il me semble intéressant de présenter rapidement le contexte historique, géographique et religieux. Qui étaient les omeyyades ? Quelle est leur importance dans l’histoire l’art islamique ? Quelle place ont les mosquées au sein de leur production artistique ? Tant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre ici.

« L’islam, on l’a dit souvent, est tout ensemble religion et communauté », c’est la phrase d’introduction d’Olivier Roy de son article « Islam (La civilisation islamique) – Islam et politique ». Comme l’indique cette citation, l’Islam est bien plus qu’une religion puisqu’elle est à la base de l’organisation sociale et politique des peuples qui la pratiquent. L’Islam trouve ses origines au Moyen-Orient, autour de la personne du prophète Mahomet au VIIème siècle après Jésus-Christ. Mahomet était dés lors prophète et dirigeant de la communauté qu’il venait de fonder. A sa mort en 632, des querelles éclatent pour lui trouver un successeur et ce sont les omeyyades qui prendront finalement le pouvoir en 661, devenant ainsi la première dynastie califale islamique. Les omeyyades ont donc une place de choix dans la chronologie de l’art islamique, ils en sont à l’origine. Dans son article « Islam – L’art et l’architecture » Marianne Barrucand présente l’avènement de cet art comme une nécessité, un besoin de ce nouvel Etat de créer sa propre identité artistique. Elle précise que cette identité va rapidement s’exprimer à travers l’architecture qui est l’une des facettes prédominantes de l’art islamique. Pour ce faire, les artistes se seraient inspirés des cultures environnantes, telle que la culture byzantine par exemple. De nombreuses mosquées sont construites pour répondre aux besoins de la nouvelle religion et elles deviennent ainsi un moyen privilégié de l’expression artistique de cette période.

En plus d’être la première dynastie califale islamique, les omeyyades sont aussi ceux qui règneront sur le plus grand des empires du monde musulman. Etablis à Damas, leur capitale, les onze califes qui se succèdent repoussent leurs frontières, jusqu’à la péninsule ibérique à l’ouest et jusqu’à l’Indus, sur la route de la Soie, à l’Est (cf. les parties orangées de la carte). Cette expansion est importante puisqu’alors qu’ils sont renversés par les abbassides à Damas en 750, une communauté omeyyade se réfugie à Cordoue, en Espagne, ce qui prolonge leur existence de deux siècles et demi et permet l’apparition d’un autre style artistique emprunt d’influences ibériques. Claude Cahen parle à ce sujet de « renaissance omeyyade », dans son article « Omeyyades ou Umayyades ».

Expansion de l’islam au temps des omeyyades (Source : Dictionnaire Larousse en ligne)

 

La grande puissance de la dynastie omeyyade et son rôle à la naissance de l’art islamique en font un objet d’étude particulièrement intéressant. Les mosquées construites à cette période sont le reflet des ambitions à la fois culturelles, artistiques, religieuses et expansionnistes propres aux califes omeyyades, qui cherchaient à étendre leur influence sur les peuples environnants, en témoignent les Grandes mosquées de Damas, d’Alep ou encore de Cordoue.

 Esther

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