Archives de Tag: mosquée

La profanation de la Mosquée al-Aqsa

 

Le mercredi 5 novembre 2014, la Mosquée al-Aqsa à Jerusalem a été attaquée par les forces spéciales de l’armée Israélienne. On date le début de sa construction vers 679, la mosquée de style Omeyyade est le troisième lieu saint de l’Islam après la Mecque et Médine. Classée au patrimoine mondiale de l’Unesco depuis 1981, la Mosquée al-Aqsa est une nouvelle victime des conflits internes de sa situation géopolitique. D’après la religion musulmane, la mosquée se situe à l’endroit précis où le prophète se serait élevé au ciel pour le voyage nocturne, emplacement également symbolique pour la religion juive car construit sur l’ancien temple de Salomon datant du VIe siècle avant J.C.

Le conflit israelo-palestinien a sérieusement mis en danger la mosquée en 2014. Aidée par les colons sionnistes, l’armée israélienne a tiré à balles réelles sur les palestiniens présents dans la mosquée ce jour là. Les fidèles ont tenté de les repousser sans succès, de jeunes palestiniens se sont relayés pendant des jours pour tenter de protéger la mosquée, selon eux le seul but des sionnistes était de détruire la mosquée dans sa totalité. Un fidèle rapporte les faits : «  la police israélienne a envahi les cours intérieures et attaqué les fidèles musulmans, surtout les plus âgés, à coups de grenades lacrymogènes et balles caoutchouc-acier  ». Il a ajouté : «  les policiers ont chargé à coups de matraque pour évacuer les fidèles musulmans des cours de la Mosquée et ils se sont déployés partout pour les contrôler ; plusieurs Palestiniens ont été blessés dans l’attaque  ».

Capture d'écran - Youtube

Capture d’écran – Youtube

La mosquée a été clairement profanée, des impacts de balles dans les murs, les vitres et ornements brisés, des exemplaires du Corans ont également étés saccagés. Une vidéo désormais interdite de visionnage au grand public montrait l’étendue des dégâts dans la salle de prière, des Corans éparpillés sur le sol, les tapis détruits, etc.

Ces événements choquent profondément les locaux qui subissent au quotidien les violences des conflits mais qui voient également leur lieu de culte profané et le témoignage vivant qu’est la mosquée de l’histoire musulmane tout comme sa dimension spirituelle et symbolique menacée. L’interrogation qui en ressort le plus souvent porte sur l’implication internationale. L’ONU s’impliquera-t-elle pour mettre fin au conflit qui ne fait que durer à Jerusalem ? La communauté musulmane et internationale prendront-elles des mesures pour protéger le troisième lieux saint de l’Islam ?

Tiphaine

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Les mosquées saccagées

Avant même la destruction de son minaret en avril 2013 qui a touché la communauté internationale par rapport à la disparition d’un patrimoine existant depuis plus d’un millier d’années, la Grande Mosquée des Omeyyades d’Alep en Syrie a été vandalisée suite à des affrontements entre les civils et l’armée Syrienne en octobre 2012. La mosquée aurait subit des ravages matériels comme les vitres brisées, les tapis brulés, le sol jonché de restes de balles qui touchent donc des questions morales sur ce genre d’événements dans un lieu de culte sensé être sacré et intouchable. Des livres précieux et reliques auraient également disparu de la mosquée, surement volés par les responsables des actes vandales au moment des affrontements. La mosquée était effectivement au cœur des combats; les troupes de l’armée syrienne s’était retirée depuis des mois dans la mosquée l’utilisant comme barricade face aux insurgés qui ont fini par une attaque frontale pour les dégager de leur retranchement. Suites aux détériorations engendrées par les combats les deux camps, armée syrienne et opposants au régime, rejettent mutuellement la responsabilité de tels dégâts dans la Grande Mosquée. Responsabilité impossible à déterminer aujourd’hui après des batailles chaotiques à répétition dont les participants, seuls spectateurs des scènes de guerres ne peuvent pas offrir de témoignage objectif et impartial en plus de la non diffusion de données filmées. La forte réaction de la communauté musulmane suite à la profanation d’un tel lieu de culte a fait ordonner au président la réparation immédiate de la mosquée afin de calmer l’indignation commune.

Toutefois le saccage de la mosquée d’Alep n’est pas un événement indépendant. Le Ministère des Affaires Religieuses à Gaza comptabilise plus de 25 mosquées visées par les bombardements d’Israël sur Gaza en 2012. Les mosquées de Ribat et Al Rahmanà Gaza n’existent aujourd’hui plus, détruites dans leur totalité par les attaques. Ailleurs, dans la capitale centrafricaine à Bangui en mai 2014 une mosquée a pareillement été saccagée en réaction à la destruction d’une église quelques jours avant ayant fait une quinzaine de morts. De même à Kairouan à la mosquée d’Olfa ou les tapis, luminaires et bibliothèques ont étés détruites par des inconnus en février 2015. Ces vandalismes et destructions de mosquées se multiplient dans le monde entier et menacent la mémoire du patrimoine et le culte islamique.

Mosquée de Gaza détruite - Wiki Commons

Mosquée de Gaza détruite – Wiki Commons

Classée au patrimoine mondial de L’UNESCO, chaque atteinte à un tel joyau de l’architecture musulmane qu’est la Grande mosquée des Omeyyades d’Alep a un impact sur une culture universelle qui devrait pourtant être indépendante de conflits internes et politiques. La situation actuelle de nombreuses mosquées à travers le monde soulève une nouvelle fois la question de la conservation du patrimoine mais cette fois-ci non pas contre les ravages du temps et de l’environnement mais par rapport à l’homme lui même et son action.

Tiphaine

 

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Sainte Cathédrale ou Grande Mosquée de Cordoue ?

Fondée de 785-786 par ‘Abd al-Rahmān Ier, calife Ommeyade à Cordoue, la Grande mosquée a subit de nombreuses modifications architecturales et décoratives par les dynasties musulmanes au cours des siècles. Toutefois, les plus grandes transformations de la mosquée sont faites au XVIe siècle lorsque la mosquée, désormais devenue cathédrale lors de son appropriation chrétienne au XIIIe siècle, est revue par Hernan Ruiz par ordre du clergé de la cathédrale. Plus tard, en 1526, lors de sa visite de l’édifice, Charles Quint parle de ces nouvelles transformations: « Vous avez construit quelque chose de banal à la place d’un monument unique. »

Aujourd’hui, la mosquée-cathédrale de Cordoue classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984 est visitable pour les touriste à 8€ l’entrée comprenant un fascicule gratuit et une visite guidée. Les informations qui y sont délivrées en oublient presque les 5 siècles d’histoire musulmane depuis le début de sa construction pour souligner aux visiteurs le fait que « mosquée avait été construite sur la basilique wisigothe de Saint Vincent, dont il ne reste presque plus rien. ». L’intitulé de l’édifice ne mentionne pas non plus son origine musulmane; l‘évèque de Cordoue affirmant dans un article que « Il n’y a aucun problème à dire que ce temple de Dieu a été construit par les califes musulmans, écrivait l’évêque. Mais il est inapproprié de l’appeler mosquée aujourd’hui, parce que cela fait des siècles que ce n’est plus le cas. Le terme de mosquée sème la confusion chez les visiteurs.« 

Cette orientation interprétée de l’histoire du bâtiment fait réagir la communauté internationale et a fait l’objet de nombreuses demandes pour faire de cet ensemble architectural un lieu de culte œcuménique. « Ce monument a une portée universelle incontestable: non seulement parce qu’il est célèbre mais aussi parce que c’est un exemple de l’entente entre les peuples, un exemple dont en plus les sociétés contemporaines ont besoin« , disait Antonio Manuel Rodriguez, professeur de droit à l’université de Cordoue.
Le 10 février 2014 une pétition a été lancée nommée « Sauvons la mosquée de Cordoue » et a recueilli plus de 141.000 signatures dans la volonté de restaurer l’universalité culturelle et cultuelle de la mosquée-cathédrale. La multiplicité des signataires a fait réagir le gouvernement régional andalou annoncant qu’il « étudiait toutes les possibilités, y compris juridiques, pour s’assurer que la propriété de ce bien public reste publique ».

Parce que, en effet, la propriété de la mosquée est à l’origine de cette polémique. Non seulement un problème par rapport à sa mémoire historique mais aussi par rapport à son gain économique. La mosquée rapporterais à l’église catholique près de 8 millions d’euros exonérés d’impôts car considérés comme des dons. D’où le désir de rendre la mosquée-cathédrale propriété publique de l’Etat afin que les bénéfices reviennent aux Cordouans et à l’intérêt de la ville.
A l’heure de la crise cette polémique ressurgit alors que depuis près de 800 ans la légitimité de l’église n’avait été remise en question, polémique reposant donc en grande partie sur une question de propriété-gestion.

Tiphaine

 

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Les mosaïques : un outil politique

« Analogie entre les Grandes Mosquées de Damas et Cordoue : Mythe et Réalité » – ce titre a suscité mon intérêt, et la lecture de l’article m’a donné envie d’approfondir une piste que l’on avait déjà évoquée au cours de ce blog, à savoir le rôle des mosquées dans la politique omeyyade. Et de fait, à travers les articles « La Grande Mosquée de Damas – Décors et origines » et « La Grande Mosquée de Cordoue », nous avions vu comment Damas et Cordoue étaient successivement nommées capitales du califat omeyyade et nous avions entrevu l’importance de ces mosquées pour l’image des dirigeants. Cependant, ces édifices sont plus qu’une simple image : ils jouent un rôle primordial dans le programme politique d’al-Walid, à Damas puis de Abd al-Rahman Ier à Cordoue.
Commençons par la plus ancienne mosquée mosquée des omeyyade, celle de Damas. J’avais jusqu’à présent lu des études approfondies sur l’iconographie des mosaïques de Damas, mais l’article de Nasser Rabat « The Dialogic Dimension of Umayyad Art » m’a semblé particulièrement pertinent pour comprendre leurs significations. En effet, il procède à une véritable analyse de ce programme en s’appuyant sur des études antérieures tout en les faisant dialoguer. Cela lui permet de sortir de la simple analyse formelle et surtout de proposer une approche qui synthétise les points de vue de différentes époques : historiens du Xe siècle, chercheurs des années 1960 (O. Grabar), et chercheurs d’aujourd’hui. Grâce à ce dialogue de références, il met en avant un programme narratif qui se déroule depuis l’entrée de la mosquée jusqu’à la qibla, endroit éminemment sacré qui indique la direction de prière. Cette narration débute avec des scènes qui semblent réelles faites de villes et de paysages, puis tendent vers des représentations à connotation paradisiaque composées d’arbres et d’édifices fantastiques, pour aboutir à des textes religieux et exalter ainsi la fonction spirituelle de la mosquée. La puissance du calife était exaltée de manière évidente par la monumentalité de l’architecture et la richesse des décors (mosaïques sur fond d’or) mais c’est à travers le programme narratif que le pouvoir religieux du calife al-Walid est réellement exprimé.

La Grande Mosquée de Damas est la première du califat omeyyade, et elle est construite par le calife al-Walid au VIIe siècle dans le but d’impressionner et de convertir les populations conquises. Lorsqu’un siècle plus tard, Abd al-Rahman se retrouve dans la même situation dans la péninsule ibérique, il semble logique qu’il considère la Mosquée de Damas comme référence majeure. Son successeur, al-Hakam, revendiquera également cet héritage lorsqu’il fera agrandir la mosquée de Cordoue. Cette analogie est mise en lumière par Susana Calvo Capilla dans l’article qui a ouvert notre propos. Son étude étant extrêmement complète (architecture et décor), nous allons nous intéresser plus particulièrement au paragraphe qui traite des mosaïques. En partant de la technique utilisée pour le décor de la Grande Mosquée de Cordoue, elle montre comment il est issu d’une tradition byzantine. Celle-ci étant porteuse d’une symbolique impériale puissante, la citation de cette tradition permet déjà au calife de montrer son pouvoir. S. Calvo Capilla place ensuite les mosaïques de Cordoue dans la lignée des autres décors omeyyades (compositions abstraites, florales ou épigraphiques similaires à celle de la mosquée de Damas par exemple) et met en exergue la symbolique que le calife cordouan cherche ainsi à exalter, à savoir « la représentation du pouvoir et l’exaltation de la suprématie politique et religieuse du califat de Cordoue ». Elle procède plus à une analyse des sources qui traitent des mosaïques qu’à une analyse des mosaïques en elles-mêmes, et ses conclusions sont plus brèves et beaucoup moins nuancées que celles de Nasser Rabat, cependant les deux articles se rejoignent sur l’importance des mosaïques dans les mosquées omeyyades qui sont le symbole d’un très grand pouvoir califal.

En tant que conquérants, les califes omeyyades cherchaient impérativement à affirmer leur supériorité sur les peuples parfois rebelles de leurs nouveaux territoires. Les mosaïques se présentent alors comme un moyen privilégié pour l’exhalation de leur pouvoir; et de fait, à travers leur technique elles revendiquent l’héritage impérial byzantin; leurs sujets sont des citations de l’art classique hellénistique et romain, et leur emplacement  au cœur de la mosquée amplifie encore la grandeur de la nouvelle religion musulmane. De plus, en évacuant les hommes et les animaux de leurs compositions, les omeyyades revendiquent encore plus fortement l’avènement d’un art et d’une religion innovants. Le calife s’impose ainsi comme dirigeant politique, spirituel et religieux.

Esther
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La Grande Mosquée de Damas – Décor et origines

Damas, en Syrie, est la ville que les omeyyades ont choisi pour en faire leur capitale. Malheureusement, comme le précise le site de l’Unesco, les vestiges de cette période sont rares. Cependant, un monument essentiel de l’art omeyyade a été conservé : la Grande Mosquée.

Les différents articles – R. Grafman & M. Rosen-Ayalon  ou E. De Lorey par exemple – qui traitent de l’édification de cette mosquée mettent en évidence, pour la plupart, le lien de filiation qui unit les califes al-Malik et al-Walid pour expliquer les ressemblances entre la Grande Mosquée de Damas et le Dôme du Rocher de Jérusalem. Amorcée en 706, la construction de la Grande Mosquée est postérieure à celle du Dôme du Rocher qui commence en 685. Bien sûr, les fonctions des deux bâtiments ne sont pas comparables : le Dôme est un sanctuaire alors que la Grande Mosquée est un lieu de culte. Pourtant on remarque quelques similitudes architecturales ou stylistiques entre les deux édifices.

Tout d’abord, le réemploi de la fameuse coupole, élément central du Dôme du Rocher, qui illustre une parenté directe et qui exprime l’importance du bâtiment. Ensuite, le décor qui comme dans le Dôme du Rocher, se construit en deux temps : la partie basse couverte de marbre et la partie haute décorée de mosaïques. Dans son étude, E. De Lorey insiste donc sur la parenté de ces deux édifices mais surtout sur la continuité d’une démarche politique d’émancipation de la part des califes omeyyades. En effet, le père comme le fils auraient cherché, par l’édification de ces monuments d’exception, à rivaliser avec Médine, la ville du prophète.

Et de fait, le calife al-Walid a en partie réussi, puisque la Mosquée de Damas se distingue encore aujourd’hui de toutes les autres constructions de cette période, de par son très très riche décor mosaïque incroyablement bien conservé. Contrairement aux mosaïques du Dôme, celles de la Grande Mosquée témoignent d’un héritage byzantin marqué. E. De Lorey explique qu’à la suite les interdictions iconoclastes, les artistes byzantins du VIIIe siècles renouvellent leur style en s’inspirant des iconographies antiques présentant des sujets plus neutres tels que le paysage ou les « scènes de genre ». Et en ceci, l’influence byzantine (elle-même construite sur des bases hellénistique) est lisible. Cependant les premiers artisans de l’art islamique ne se contentent pas de copier ce style, il en supprime tous les personnages ou animaux pour ne représenter plus que des villes, des arbres ou des végétaux et répondent ainsi aux préceptes de leur religion. On est loin de l’abstraction et du cubisme des mosaïques de Jérusalem, et l’on serait tenté de faire correspondre ces représentations avec des villes existantes, surtout après le témoignage de l’historien du Xe siècle Mohammed Ibn Shakir : « A peine existe-t-il un arbre ou une ville connus qui n’aient été représentés sur ces murs » (cité par E. De Lorey et de Mlle van Berchem). Toutefois, il ne faut pas non plus se leurrer en prêtant à ces mosaïques un caractère réel. Soit, les arbres représentés correspondent à des espèces connues (noyer, cyprès, etc.), mais J. Lassus précise que « la ville n’y est en aucun cas représentée, mais […] symbolisée ».

Cet ensemble décoratif dépasse largement sa fonction ornementale. Il inscrit l’art islamique naissant dans la lignée de l’art hellénistique et byzantin tout en posant les bases d’un nouveau style. Le témoignage dithyrambique de Mohammed Ibn Shakir (Xe siècle), « La mosquée est la plus belle chose que les Musulmans possèdent de nos jours… » (cité par E. De Lorey), illustre bien l’impact de ce décor qui nous émerveille encore aujourd’hui.

 Esther

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Source non citée : « Mosaic of the Great Mosque of Damascus, or Umayyad Mosque », Qantara – Mediterranean heritage [Consulté le 22.4.2015]

Images: Certains droits reservés Creative Commons

Ex. 1 – Auteur: Stijn Neuwendijk/ Ex. 2 – Auteur: Reibai/ Ex. 3 – Auteur: Alessandra Kocman/ Ex. 4 – Auteur: Image courtesy of Nasser Rabbat of the Aga Khan Program at MIT

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Décors et représentation

 

Les décors des mosquées omeyyades – je pensais pouvoir consacrer plusieurs articles à leur étude or je me suis rendue compte que rares étaient publications qui portaient sur ce sujet. Pourquoi ? Que représentent ces décors ? Quel est leur lien avec la religion musulmane ?Commençons tout d’abord par comprendre la nature de ces décors. On remarque d’emblée que ce sont majoritairement des compositions non figuratives, qui représentent des arabesque ou des textes calligraphiés (Image n°1) ; et que les quelques représentations figuratives se limitent aux plantes ou aux architectures (Image n°2). La figure humaine est ainsi complètement évacuée de la représentation à l’intérieur des mosquées. Cette absence est particulière aux architectures religieuses puisque l’on trouve des fresques omeyyades datant du VIIIe qui représentent des scènes de chasse ou autres scènes de la vie quotidienne, confère « Deux fresques omeyyades » par Daniel Schlumberger.Afin de comprendre ce décalage entre art religieux et art profane, nous allons nous appuyé sur les articles « Qu’est-ce qu’une mosquée ? » de Marie-Hélène Bayle et « La représentation figurée du prophète Muhammad » de Vanessa Van Renterghem. Toutes deux insistent sur le fait que le Coran n’interdit pas la représentation figurée, nous allons voir toutefois pourquoi elle est rare.Dans un premier temps, M.H. Bayle explique l’absence de représentation figurée par la nature même du Dieu vénéré au sein de l’Islam, celui-ci étant omniprésent mais sans forme particulière. V. Van Renterghem va plus loin et explique cette tendance par des faits historiques. Au moment de sa création, la religion musulmane aurait cherché à s’affirmer en tant que religion monothéiste forte face aux religions polythéistes de la région, condamnant ainsi le culte des idoles. Cette interdiction de l’idolâtrie s’est rapidement transformée en un bannissement des figures humaines de tous les édifices religieux. Comme nous l’avons vu dans « Les omeyyades et leurs mosquées« , les omeyyades sont à l’origine de l’art islamique et il vont donc directement orienter la production artistique religieuse vers le non-figuratif.Cependant, il est difficile d’étudier l’iconographie des mosquées omeyyades de par leur histoire. Les décors intérieur réalisés aux VIIe et VIIIe siècles ont pour la plupart disparu (sauf à Damas) et on été remplacé par des productions postérieures.

La rareté des décors conservés dans les mosquées omeyyades et leur caractère abstrait les rendent difficiles à étudier. Il est toutefois possible de s’appuyer sur des manuscrits ou des décors profanes pour comprendre mieux l’iconographie de cette période. Les textes postérieurs qui les décrivent sont extrêmement admiratifs, et l’on sait que les omeyyades de la péninsule ibérique (IXe-XIIe) vont légitimer leur pouvoir en s’appuyant entre autre sur la production artistique de leurs ancêtres orientaux.

 

Esther

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L’effondrement du minaret de la mosquée des Omeyyades d’Alep

Le mercredi 24 avril 2013, la mosquée des Omeyyades à Alep a subi ce que l’opposition au régime a appelé un « crime contre la civilisation » avec la destruction de son minaret. Suite à cette catastrophe patrimoniale, les différents acteurs s’accusent et se pointent du doigt pour désigner les responsables de son effondrement.
A l’heure où les combats entre le régime de Bachar el-hassad et la Coalition de l’Opposition œuvraient depuis des mois dans la Vieille Ville d’Alep, au nord de la Syrie, le minaret de la mosquée de Omeyyades, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, a été réduit à un tas de pierre et de fer. D’une part les militants anti-régime affirment une véritable volonté destructrice de l’armée syrienne, visant le minaret avec un de ses chars d’assaut et faisant feu à plusieurs reprises. Dans la vidéo de l’AFP (voir au bas de l’article) un des rebelles témoigne, disant avoir vu de ses « propres yeux un char de l’armée tirer directement sur la mosquée des Omeyyades, notamment sur le minaret ».
D’autre part, le gouvernement syrien fait part d’une version bien différente des faits à travers la télévision de l’Etat. Il y dénonce la responsabilité du Front jihadiste Al-Nosra dans l’écroulement du minaret, les accusant d’avoir volontairement miné le monument et filmé sa destruction afin d’incriminer le régime pour ses actes.
Sachant qu’aucune vidéo montrant l’instant de l’effondrement du minaret n’a été mise à disposition depuis, la véracité des faits est difficile à établir.
Une autre vision de l’évènement provenant de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a aussi été exposée. Le discours médiateur entre le régime et l’opposition de son directeur, Rami Abdel Rahmane, dégage la responsabilité factuelle des deux camps : « Il se peut que le minaret se soit effondré tout seul en raison de la violence des combats au cours des derniers mois ». La destruction serait donc due selon lui à la guerre en général et ses moyens de combats, fragilisant l’édifice jusqu’à l’irréparable. La destruction d’un tel joyau du patrimoine syrien ne fait qu’alimenter la haine et la violence des combats car il fait partie des symboles vivants d’une histoire commune et d’une culture propre à une époque et à un peuple qui voit sa mémoire détruite par les combats politiques d’aujourd’hui. Appartenant au patrimoine culturel mondial, un tel évènement est une perte internationale qui entre dans les atrocités de la guerre car en détruisant la culture et l’histoire on détruit un peuple dans son essence même.
Si, sur place, les archéologues syriens se mobilisent pour protéger le patrimoine en danger, les combats continuent à saccager des monuments, objets et œuvres patrimoniales du pays et leur préservation reste périlleuse et fragile. D’où la nécessité aujourd’hui de faire exister ce patrimoine détruit ou menacé afin qu’il ne soit pas effacé des mémoires et survive encore à travers l’histoire.

 

Vidéo AFP mise en ligne le 24/04/2013 http://bit.ly/1N6YVhx

Vidéo AFP mise en ligne le 24/04/2013
http://bit.ly/1N6YVhx

 

Tiphaine

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Les omeyyades et leurs mosquées

Afin de mieux comprendre les mosquées omeyyades – leur architecture, leurs décors, leur importance – il me semble intéressant de présenter rapidement le contexte historique, géographique et religieux. Qui étaient les omeyyades ? Quelle est leur importance dans l’histoire l’art islamique ? Quelle place ont les mosquées au sein de leur production artistique ? Tant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre ici.

« L’islam, on l’a dit souvent, est tout ensemble religion et communauté », c’est la phrase d’introduction d’Olivier Roy de son article « Islam (La civilisation islamique) – Islam et politique ». Comme l’indique cette citation, l’Islam est bien plus qu’une religion puisqu’elle est à la base de l’organisation sociale et politique des peuples qui la pratiquent. L’Islam trouve ses origines au Moyen-Orient, autour de la personne du prophète Mahomet au VIIème siècle après Jésus-Christ. Mahomet était dés lors prophète et dirigeant de la communauté qu’il venait de fonder. A sa mort en 632, des querelles éclatent pour lui trouver un successeur et ce sont les omeyyades qui prendront finalement le pouvoir en 661, devenant ainsi la première dynastie califale islamique. Les omeyyades ont donc une place de choix dans la chronologie de l’art islamique, ils en sont à l’origine. Dans son article « Islam – L’art et l’architecture » Marianne Barrucand présente l’avènement de cet art comme une nécessité, un besoin de ce nouvel Etat de créer sa propre identité artistique. Elle précise que cette identité va rapidement s’exprimer à travers l’architecture qui est l’une des facettes prédominantes de l’art islamique. Pour ce faire, les artistes se seraient inspirés des cultures environnantes, telle que la culture byzantine par exemple. De nombreuses mosquées sont construites pour répondre aux besoins de la nouvelle religion et elles deviennent ainsi un moyen privilégié de l’expression artistique de cette période.

En plus d’être la première dynastie califale islamique, les omeyyades sont aussi ceux qui règneront sur le plus grand des empires du monde musulman. Etablis à Damas, leur capitale, les onze califes qui se succèdent repoussent leurs frontières, jusqu’à la péninsule ibérique à l’ouest et jusqu’à l’Indus, sur la route de la Soie, à l’Est (cf. les parties orangées de la carte). Cette expansion est importante puisqu’alors qu’ils sont renversés par les abbassides à Damas en 750, une communauté omeyyade se réfugie à Cordoue, en Espagne, ce qui prolonge leur existence de deux siècles et demi et permet l’apparition d’un autre style artistique emprunt d’influences ibériques. Claude Cahen parle à ce sujet de « renaissance omeyyade », dans son article « Omeyyades ou Umayyades ».

Expansion de l’islam au temps des omeyyades (Source : Dictionnaire Larousse en ligne)

 

La grande puissance de la dynastie omeyyade et son rôle à la naissance de l’art islamique en font un objet d’étude particulièrement intéressant. Les mosquées construites à cette période sont le reflet des ambitions à la fois culturelles, artistiques, religieuses et expansionnistes propres aux califes omeyyades, qui cherchaient à étendre leur influence sur les peuples environnants, en témoignent les Grandes mosquées de Damas, d’Alep ou encore de Cordoue.

 Esther

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