Archives de Tag: Syria

La Grande Mosquée de Damas – Décor et origines

Damas, en Syrie, est la ville que les omeyyades ont choisi pour en faire leur capitale. Malheureusement, comme le précise le site de l’Unesco, les vestiges de cette période sont rares. Cependant, un monument essentiel de l’art omeyyade a été conservé : la Grande Mosquée.

Les différents articles – R. Grafman & M. Rosen-Ayalon  ou E. De Lorey par exemple – qui traitent de l’édification de cette mosquée mettent en évidence, pour la plupart, le lien de filiation qui unit les califes al-Malik et al-Walid pour expliquer les ressemblances entre la Grande Mosquée de Damas et le Dôme du Rocher de Jérusalem. Amorcée en 706, la construction de la Grande Mosquée est postérieure à celle du Dôme du Rocher qui commence en 685. Bien sûr, les fonctions des deux bâtiments ne sont pas comparables : le Dôme est un sanctuaire alors que la Grande Mosquée est un lieu de culte. Pourtant on remarque quelques similitudes architecturales ou stylistiques entre les deux édifices.

Tout d’abord, le réemploi de la fameuse coupole, élément central du Dôme du Rocher, qui illustre une parenté directe et qui exprime l’importance du bâtiment. Ensuite, le décor qui comme dans le Dôme du Rocher, se construit en deux temps : la partie basse couverte de marbre et la partie haute décorée de mosaïques. Dans son étude, E. De Lorey insiste donc sur la parenté de ces deux édifices mais surtout sur la continuité d’une démarche politique d’émancipation de la part des califes omeyyades. En effet, le père comme le fils auraient cherché, par l’édification de ces monuments d’exception, à rivaliser avec Médine, la ville du prophète.

Et de fait, le calife al-Walid a en partie réussi, puisque la Mosquée de Damas se distingue encore aujourd’hui de toutes les autres constructions de cette période, de par son très très riche décor mosaïque incroyablement bien conservé. Contrairement aux mosaïques du Dôme, celles de la Grande Mosquée témoignent d’un héritage byzantin marqué. E. De Lorey explique qu’à la suite les interdictions iconoclastes, les artistes byzantins du VIIIe siècles renouvellent leur style en s’inspirant des iconographies antiques présentant des sujets plus neutres tels que le paysage ou les « scènes de genre ». Et en ceci, l’influence byzantine (elle-même construite sur des bases hellénistique) est lisible. Cependant les premiers artisans de l’art islamique ne se contentent pas de copier ce style, il en supprime tous les personnages ou animaux pour ne représenter plus que des villes, des arbres ou des végétaux et répondent ainsi aux préceptes de leur religion. On est loin de l’abstraction et du cubisme des mosaïques de Jérusalem, et l’on serait tenté de faire correspondre ces représentations avec des villes existantes, surtout après le témoignage de l’historien du Xe siècle Mohammed Ibn Shakir : « A peine existe-t-il un arbre ou une ville connus qui n’aient été représentés sur ces murs » (cité par E. De Lorey et de Mlle van Berchem). Toutefois, il ne faut pas non plus se leurrer en prêtant à ces mosaïques un caractère réel. Soit, les arbres représentés correspondent à des espèces connues (noyer, cyprès, etc.), mais J. Lassus précise que « la ville n’y est en aucun cas représentée, mais […] symbolisée ».

Cet ensemble décoratif dépasse largement sa fonction ornementale. Il inscrit l’art islamique naissant dans la lignée de l’art hellénistique et byzantin tout en posant les bases d’un nouveau style. Le témoignage dithyrambique de Mohammed Ibn Shakir (Xe siècle), « La mosquée est la plus belle chose que les Musulmans possèdent de nos jours… » (cité par E. De Lorey), illustre bien l’impact de ce décor qui nous émerveille encore aujourd’hui.

 Esther

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Source non citée : « Mosaic of the Great Mosque of Damascus, or Umayyad Mosque », Qantara – Mediterranean heritage [Consulté le 22.4.2015]

Images: Certains droits reservés Creative Commons

Ex. 1 – Auteur: Stijn Neuwendijk/ Ex. 2 – Auteur: Reibai/ Ex. 3 – Auteur: Alessandra Kocman/ Ex. 4 – Auteur: Image courtesy of Nasser Rabbat of the Aga Khan Program at MIT

Tagué , , , , , , , , , , , ,