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La Grande mosquée des Omeyyades de Damas; entre chiites et sunnites

 La Grande mosquée des Omeyyades de Damas, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979 est aujourd’hui en proie à des menaces de haine séculaire entre chiites et sunnites. Le schisme entre ces deux branches de l’islam remonte à la mort de Mahomet et a engendré un conflit centenaire autant religieux que politique et de multiples massacres entre frères ennemis. La scission provient de la légitimité du successeur de Mahomet à diriger la communauté des croyants. Quant les chiites prônent Ali descendant du prophète par lien de sang, les sunnites par volonté de retour aux traditions désignent Abou Bakr, compagnon de Mahomet tout au long de sa vie. Les sunnites représentent 85% des musulmans du monde et sont largement majoritaire à Damas. Leur différend résulte plus d’un conflit géopolitique que sur des bases religieuses; alors que les sunnites ne différencient pas gouvernance religieuse et politique, les chiites affirment une séparation claire. Ces derniers souvent en provenance d’Iran montrent une violente opposition contre les dirigeants sunnites qu’ils considèrent comme corrompus par le « Grand Satan » américain.

De nombreux phénomènes liés à cette opposition attisent le mécontentement de Damascènes et notamment la population sunnite par rapport au caractère provoquant et ostensible de la présence pourtant bien minoritaire (1%) des chiites de la population de Damas.

Mosquée de Damas, Syrie

Mosquée de Damas, Syrie (Auteur: Theklan)

En fevrier dernier, les chiites se sont appropriés la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas au nom d’un règlement de compte, selon eux pour se laver d’un affront qui remonterait aux débuts de l’Islam. Sur les réseaux sociaux, des vidéos ont été postées montrant les chiites triomphant maudissant Yazid Ie -second calife omeyyade- et louant la famille de Husseim, petit fils du prophète dont la descendance a été massacrée par les califats omeyyades à Kerbala.
Cette appropriation n’est pas sans conséquences ni importance; la Grande Mosquée de Omeyyades est un joyau d’architecture, de culture et d’histoire au coeur de la tradition sunnite depuis sa construction de 706 à 715. Bien qu’elle ait été modifiée au cours des siècles sous les différentes dynasties islamiques et qu’elle représente une preuve vivante du patrimoine musulman à travers l’histoire, sa nouvelle utilisation forcée par les chiites touche et choque la grande majorité sunnite de la population en plus des bombardements,  des prélèvements arbitraires et des humiliations perpétrées par les soldats, les coupures d’eau et d’électricité, l’augmentation continuelle des produits de première nécessité et la corruption des responsables et de protégés du pouvoir que subit quotidiennement la population de Damas. Le Centre d’Affaires Publiques de Jerusalem (jcpa) déclarait « S’adressant aux chiites libanais, le Hezbollah a justifié son intervention en Syrie par la nécessité de protéger la tombe de Zainab, qui était en danger de profanation par des groupes sunnites. Maintenant, il semble que la Mosquée des Omeyyades deviendra un sanctuaire chiite, fermant ainsi un cycle de 1300 ans. » (en anglais dans le texte)

Tiphaine

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Sainte Cathédrale ou Grande Mosquée de Cordoue ?

Fondée de 785-786 par ‘Abd al-Rahmān Ier, calife Ommeyade à Cordoue, la Grande mosquée a subit de nombreuses modifications architecturales et décoratives par les dynasties musulmanes au cours des siècles. Toutefois, les plus grandes transformations de la mosquée sont faites au XVIe siècle lorsque la mosquée, désormais devenue cathédrale lors de son appropriation chrétienne au XIIIe siècle, est revue par Hernan Ruiz par ordre du clergé de la cathédrale. Plus tard, en 1526, lors de sa visite de l’édifice, Charles Quint parle de ces nouvelles transformations: « Vous avez construit quelque chose de banal à la place d’un monument unique. »

Aujourd’hui, la mosquée-cathédrale de Cordoue classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984 est visitable pour les touriste à 8€ l’entrée comprenant un fascicule gratuit et une visite guidée. Les informations qui y sont délivrées en oublient presque les 5 siècles d’histoire musulmane depuis le début de sa construction pour souligner aux visiteurs le fait que « mosquée avait été construite sur la basilique wisigothe de Saint Vincent, dont il ne reste presque plus rien. ». L’intitulé de l’édifice ne mentionne pas non plus son origine musulmane; l‘évèque de Cordoue affirmant dans un article que « Il n’y a aucun problème à dire que ce temple de Dieu a été construit par les califes musulmans, écrivait l’évêque. Mais il est inapproprié de l’appeler mosquée aujourd’hui, parce que cela fait des siècles que ce n’est plus le cas. Le terme de mosquée sème la confusion chez les visiteurs.« 

Cette orientation interprétée de l’histoire du bâtiment fait réagir la communauté internationale et a fait l’objet de nombreuses demandes pour faire de cet ensemble architectural un lieu de culte œcuménique. « Ce monument a une portée universelle incontestable: non seulement parce qu’il est célèbre mais aussi parce que c’est un exemple de l’entente entre les peuples, un exemple dont en plus les sociétés contemporaines ont besoin« , disait Antonio Manuel Rodriguez, professeur de droit à l’université de Cordoue.
Le 10 février 2014 une pétition a été lancée nommée « Sauvons la mosquée de Cordoue » et a recueilli plus de 141.000 signatures dans la volonté de restaurer l’universalité culturelle et cultuelle de la mosquée-cathédrale. La multiplicité des signataires a fait réagir le gouvernement régional andalou annoncant qu’il « étudiait toutes les possibilités, y compris juridiques, pour s’assurer que la propriété de ce bien public reste publique ».

Parce que, en effet, la propriété de la mosquée est à l’origine de cette polémique. Non seulement un problème par rapport à sa mémoire historique mais aussi par rapport à son gain économique. La mosquée rapporterais à l’église catholique près de 8 millions d’euros exonérés d’impôts car considérés comme des dons. D’où le désir de rendre la mosquée-cathédrale propriété publique de l’Etat afin que les bénéfices reviennent aux Cordouans et à l’intérêt de la ville.
A l’heure de la crise cette polémique ressurgit alors que depuis près de 800 ans la légitimité de l’église n’avait été remise en question, polémique reposant donc en grande partie sur une question de propriété-gestion.

Tiphaine

 

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