Archives de Tag: omeyyades

La profanation de la Mosquée al-Aqsa

 

Le mercredi 5 novembre 2014, la Mosquée al-Aqsa à Jerusalem a été attaquée par les forces spéciales de l’armée Israélienne. On date le début de sa construction vers 679, la mosquée de style Omeyyade est le troisième lieu saint de l’Islam après la Mecque et Médine. Classée au patrimoine mondiale de l’Unesco depuis 1981, la Mosquée al-Aqsa est une nouvelle victime des conflits internes de sa situation géopolitique. D’après la religion musulmane, la mosquée se situe à l’endroit précis où le prophète se serait élevé au ciel pour le voyage nocturne, emplacement également symbolique pour la religion juive car construit sur l’ancien temple de Salomon datant du VIe siècle avant J.C.

Le conflit israelo-palestinien a sérieusement mis en danger la mosquée en 2014. Aidée par les colons sionnistes, l’armée israélienne a tiré à balles réelles sur les palestiniens présents dans la mosquée ce jour là. Les fidèles ont tenté de les repousser sans succès, de jeunes palestiniens se sont relayés pendant des jours pour tenter de protéger la mosquée, selon eux le seul but des sionnistes était de détruire la mosquée dans sa totalité. Un fidèle rapporte les faits : «  la police israélienne a envahi les cours intérieures et attaqué les fidèles musulmans, surtout les plus âgés, à coups de grenades lacrymogènes et balles caoutchouc-acier  ». Il a ajouté : «  les policiers ont chargé à coups de matraque pour évacuer les fidèles musulmans des cours de la Mosquée et ils se sont déployés partout pour les contrôler ; plusieurs Palestiniens ont été blessés dans l’attaque  ».

Capture d'écran - Youtube

Capture d’écran – Youtube

La mosquée a été clairement profanée, des impacts de balles dans les murs, les vitres et ornements brisés, des exemplaires du Corans ont également étés saccagés. Une vidéo désormais interdite de visionnage au grand public montrait l’étendue des dégâts dans la salle de prière, des Corans éparpillés sur le sol, les tapis détruits, etc.

Ces événements choquent profondément les locaux qui subissent au quotidien les violences des conflits mais qui voient également leur lieu de culte profané et le témoignage vivant qu’est la mosquée de l’histoire musulmane tout comme sa dimension spirituelle et symbolique menacée. L’interrogation qui en ressort le plus souvent porte sur l’implication internationale. L’ONU s’impliquera-t-elle pour mettre fin au conflit qui ne fait que durer à Jerusalem ? La communauté musulmane et internationale prendront-elles des mesures pour protéger le troisième lieux saint de l’Islam ?

Tiphaine

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Les mosquées saccagées

Avant même la destruction de son minaret en avril 2013 qui a touché la communauté internationale par rapport à la disparition d’un patrimoine existant depuis plus d’un millier d’années, la Grande Mosquée des Omeyyades d’Alep en Syrie a été vandalisée suite à des affrontements entre les civils et l’armée Syrienne en octobre 2012. La mosquée aurait subit des ravages matériels comme les vitres brisées, les tapis brulés, le sol jonché de restes de balles qui touchent donc des questions morales sur ce genre d’événements dans un lieu de culte sensé être sacré et intouchable. Des livres précieux et reliques auraient également disparu de la mosquée, surement volés par les responsables des actes vandales au moment des affrontements. La mosquée était effectivement au cœur des combats; les troupes de l’armée syrienne s’était retirée depuis des mois dans la mosquée l’utilisant comme barricade face aux insurgés qui ont fini par une attaque frontale pour les dégager de leur retranchement. Suites aux détériorations engendrées par les combats les deux camps, armée syrienne et opposants au régime, rejettent mutuellement la responsabilité de tels dégâts dans la Grande Mosquée. Responsabilité impossible à déterminer aujourd’hui après des batailles chaotiques à répétition dont les participants, seuls spectateurs des scènes de guerres ne peuvent pas offrir de témoignage objectif et impartial en plus de la non diffusion de données filmées. La forte réaction de la communauté musulmane suite à la profanation d’un tel lieu de culte a fait ordonner au président la réparation immédiate de la mosquée afin de calmer l’indignation commune.

Toutefois le saccage de la mosquée d’Alep n’est pas un événement indépendant. Le Ministère des Affaires Religieuses à Gaza comptabilise plus de 25 mosquées visées par les bombardements d’Israël sur Gaza en 2012. Les mosquées de Ribat et Al Rahmanà Gaza n’existent aujourd’hui plus, détruites dans leur totalité par les attaques. Ailleurs, dans la capitale centrafricaine à Bangui en mai 2014 une mosquée a pareillement été saccagée en réaction à la destruction d’une église quelques jours avant ayant fait une quinzaine de morts. De même à Kairouan à la mosquée d’Olfa ou les tapis, luminaires et bibliothèques ont étés détruites par des inconnus en février 2015. Ces vandalismes et destructions de mosquées se multiplient dans le monde entier et menacent la mémoire du patrimoine et le culte islamique.

Mosquée de Gaza détruite - Wiki Commons

Mosquée de Gaza détruite – Wiki Commons

Classée au patrimoine mondial de L’UNESCO, chaque atteinte à un tel joyau de l’architecture musulmane qu’est la Grande mosquée des Omeyyades d’Alep a un impact sur une culture universelle qui devrait pourtant être indépendante de conflits internes et politiques. La situation actuelle de nombreuses mosquées à travers le monde soulève une nouvelle fois la question de la conservation du patrimoine mais cette fois-ci non pas contre les ravages du temps et de l’environnement mais par rapport à l’homme lui même et son action.

Tiphaine

 

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La Grande mosquée des Omeyyades de Damas; entre chiites et sunnites

 La Grande mosquée des Omeyyades de Damas, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979 est aujourd’hui en proie à des menaces de haine séculaire entre chiites et sunnites. Le schisme entre ces deux branches de l’islam remonte à la mort de Mahomet et a engendré un conflit centenaire autant religieux que politique et de multiples massacres entre frères ennemis. La scission provient de la légitimité du successeur de Mahomet à diriger la communauté des croyants. Quant les chiites prônent Ali descendant du prophète par lien de sang, les sunnites par volonté de retour aux traditions désignent Abou Bakr, compagnon de Mahomet tout au long de sa vie. Les sunnites représentent 85% des musulmans du monde et sont largement majoritaire à Damas. Leur différend résulte plus d’un conflit géopolitique que sur des bases religieuses; alors que les sunnites ne différencient pas gouvernance religieuse et politique, les chiites affirment une séparation claire. Ces derniers souvent en provenance d’Iran montrent une violente opposition contre les dirigeants sunnites qu’ils considèrent comme corrompus par le « Grand Satan » américain.

De nombreux phénomènes liés à cette opposition attisent le mécontentement de Damascènes et notamment la population sunnite par rapport au caractère provoquant et ostensible de la présence pourtant bien minoritaire (1%) des chiites de la population de Damas.

Mosquée de Damas, Syrie

Mosquée de Damas, Syrie (Auteur: Theklan)

En fevrier dernier, les chiites se sont appropriés la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas au nom d’un règlement de compte, selon eux pour se laver d’un affront qui remonterait aux débuts de l’Islam. Sur les réseaux sociaux, des vidéos ont été postées montrant les chiites triomphant maudissant Yazid Ie -second calife omeyyade- et louant la famille de Husseim, petit fils du prophète dont la descendance a été massacrée par les califats omeyyades à Kerbala.
Cette appropriation n’est pas sans conséquences ni importance; la Grande Mosquée de Omeyyades est un joyau d’architecture, de culture et d’histoire au coeur de la tradition sunnite depuis sa construction de 706 à 715. Bien qu’elle ait été modifiée au cours des siècles sous les différentes dynasties islamiques et qu’elle représente une preuve vivante du patrimoine musulman à travers l’histoire, sa nouvelle utilisation forcée par les chiites touche et choque la grande majorité sunnite de la population en plus des bombardements,  des prélèvements arbitraires et des humiliations perpétrées par les soldats, les coupures d’eau et d’électricité, l’augmentation continuelle des produits de première nécessité et la corruption des responsables et de protégés du pouvoir que subit quotidiennement la population de Damas. Le Centre d’Affaires Publiques de Jerusalem (jcpa) déclarait « S’adressant aux chiites libanais, le Hezbollah a justifié son intervention en Syrie par la nécessité de protéger la tombe de Zainab, qui était en danger de profanation par des groupes sunnites. Maintenant, il semble que la Mosquée des Omeyyades deviendra un sanctuaire chiite, fermant ainsi un cycle de 1300 ans. » (en anglais dans le texte)

Tiphaine

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Sainte Cathédrale ou Grande Mosquée de Cordoue ?

Fondée de 785-786 par ‘Abd al-Rahmān Ier, calife Ommeyade à Cordoue, la Grande mosquée a subit de nombreuses modifications architecturales et décoratives par les dynasties musulmanes au cours des siècles. Toutefois, les plus grandes transformations de la mosquée sont faites au XVIe siècle lorsque la mosquée, désormais devenue cathédrale lors de son appropriation chrétienne au XIIIe siècle, est revue par Hernan Ruiz par ordre du clergé de la cathédrale. Plus tard, en 1526, lors de sa visite de l’édifice, Charles Quint parle de ces nouvelles transformations: « Vous avez construit quelque chose de banal à la place d’un monument unique. »

Aujourd’hui, la mosquée-cathédrale de Cordoue classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984 est visitable pour les touriste à 8€ l’entrée comprenant un fascicule gratuit et une visite guidée. Les informations qui y sont délivrées en oublient presque les 5 siècles d’histoire musulmane depuis le début de sa construction pour souligner aux visiteurs le fait que « mosquée avait été construite sur la basilique wisigothe de Saint Vincent, dont il ne reste presque plus rien. ». L’intitulé de l’édifice ne mentionne pas non plus son origine musulmane; l‘évèque de Cordoue affirmant dans un article que « Il n’y a aucun problème à dire que ce temple de Dieu a été construit par les califes musulmans, écrivait l’évêque. Mais il est inapproprié de l’appeler mosquée aujourd’hui, parce que cela fait des siècles que ce n’est plus le cas. Le terme de mosquée sème la confusion chez les visiteurs.« 

Cette orientation interprétée de l’histoire du bâtiment fait réagir la communauté internationale et a fait l’objet de nombreuses demandes pour faire de cet ensemble architectural un lieu de culte œcuménique. « Ce monument a une portée universelle incontestable: non seulement parce qu’il est célèbre mais aussi parce que c’est un exemple de l’entente entre les peuples, un exemple dont en plus les sociétés contemporaines ont besoin« , disait Antonio Manuel Rodriguez, professeur de droit à l’université de Cordoue.
Le 10 février 2014 une pétition a été lancée nommée « Sauvons la mosquée de Cordoue » et a recueilli plus de 141.000 signatures dans la volonté de restaurer l’universalité culturelle et cultuelle de la mosquée-cathédrale. La multiplicité des signataires a fait réagir le gouvernement régional andalou annoncant qu’il « étudiait toutes les possibilités, y compris juridiques, pour s’assurer que la propriété de ce bien public reste publique ».

Parce que, en effet, la propriété de la mosquée est à l’origine de cette polémique. Non seulement un problème par rapport à sa mémoire historique mais aussi par rapport à son gain économique. La mosquée rapporterais à l’église catholique près de 8 millions d’euros exonérés d’impôts car considérés comme des dons. D’où le désir de rendre la mosquée-cathédrale propriété publique de l’Etat afin que les bénéfices reviennent aux Cordouans et à l’intérêt de la ville.
A l’heure de la crise cette polémique ressurgit alors que depuis près de 800 ans la légitimité de l’église n’avait été remise en question, polémique reposant donc en grande partie sur une question de propriété-gestion.

Tiphaine

 

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